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Rupture conventionnelle en France : procédure, indemnité et obligations de l'employeur

Par
Timothée Jacques
Temps de lecture :
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Dernière mise à jour :
28/4/2026
Points clés à retenir :

La rupture conventionnelle est un mécanisme propre au droit du travail français, permettant à l'employeur et au salarié en CDI de mettre fin au contrat d'un commun accord, sans licenciement ni démission. Elle ne nécessite aucune justification, préserve les droits à l'assurance chômage du salarié, et suit un processus encadré : au moins un entretien, une convention signée, un délai de rétractation de 15 jours, puis une homologation par la DREETS. Ce guide couvre l'intégralité de la procédure, le calcul de l'indemnité, son traitement fiscal et social, les règles applicables aux salariés protégés, et, point essentiel pour les employeurs étrangers, l'impact sur les titres de séjour et autorisations de travail.

La rupture conventionnelle est l'un des dispositifs les plus utilisés en droit du travail français pour mettre fin à un CDI. Pour les entreprises étrangères qui gèrent des fins de contrat en France, comprendre ce mécanisme est indispensable : il est juridiquement solide, largement accepté et bien moins conflictuel qu'un licenciement.

Ce guide couvre tout ce que vous devez savoir en tant qu'employeur : conditions d'éligibilité, procédure en six étapes, calcul de l'indemnité, régime fiscal et social, règles spécifiques aux salariés protégés, et, point souvent négligé par les équipes RH internationales, les conséquences sur les titres de séjour et les autorisations de travail.

Qu'est-ce que la rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est un mode de rupture du contrat de travail introduit par la loi française en 2008 (articles L.1237-11 à L.1237-16 du Code du travail). Elle permet à l'employeur et au salarié de mettre fin à un CDI d'un commun accord, dans le cadre d'un processus supervisé qui s'achève par une homologation de la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités).

Trois caractéristiques la définissent : le consentement des deux parties doit être libre et éclairé, aucune des parties n'a à justifier sa décision, et le salarié conserve ses droits à l'allocation chômage, ce qui n'est pas le cas en cas de démission.

Elle se distingue fondamentalement du licenciement en France, qui requiert un motif documenté (personnel ou économique) et obéit à une procédure distincte. Elle se distingue tout autant de la démission, acte unilatéral qui prive le salarié de toute indemnisation chômage. La rupture conventionnelle constitue sa propre catégorie juridique.

Une contrainte importante : ce dispositif ne s'applique qu'aux CDI. Il est exclu pour les CDD, les contrats de travail temporaire et les salariés encore en période d'essai.

Qui peut prendre l'initiative ?

L'une ou l'autre des parties peut proposer une rupture conventionnelle, aucun texte ne réserve ce droit à l'employeur. En pratique, c'est souvent l'employeur qui ouvre la discussion, mais une demande émanant du salarié est tout aussi recevable.

Ce mécanisme ne peut toutefois pas servir à contourner d'autres obligations légales. La DREETS invalidera une rupture conventionnelle si elle semble avoir pour objet d'éviter un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE), si le consentement d'une des parties a été obtenu sous pression, ou si elle masque un licenciement économique collectif.

Certaines situations sont parfois, à tort, considérées comme bloquantes. Un salarié en arrêt maladie de longue durée, en congé maternité ou en congé parental peut valablement conclure une rupture conventionnelle, sous réserve que son consentement soit libre. C'est une idée reçue courante au sein des équipes RH étrangères.

La procédure étape par étape

La procédure est encadrée et comprend six étapes obligatoires. L'omission ou le raccourcissement de l'une d'elles entraîne la nullité de la convention.

Étape 1: Prise de contact initiale

Aucune forme n'est imposée pour la demande initiale. L'une ou l'autre des parties peut soulever le sujet oralement ou par écrit, et dans de nombreux contextes la discussion orale est préférable avant toute formalisation écrite.

L'autre partie n'a aucune obligation de répondre. Un refus d'engager la procédure est parfaitement légitime, et l'employeur ne peut exercer aucune forme de pression pour forcer le processus.

Étape 2: L'entretien de négociation

(Note : en droit du travail français, la notion d'entretien préalable est réservée au licenciement ou aux procédures disciplinaires. L'entretien tenu dans le cadre d'une rupture conventionnelle n'est pas un entretien préalable et ne doit pas être désigné comme tel dans la correspondance.)

Au moins un entretien formel doit se tenir entre l'employeur et le salarié pour discuter des conditions de la rupture. Des entretiens complémentaires sont possibles si nécessaire.

Chaque partie a le droit d'être assistée lors de cet entretien. Le salarié peut se faire accompagner d'un membre du CSE (Comité Social et Économique) ou, en l'absence de CSE, d'un conseiller du salarié figurant sur une liste officielle tenue par l'administration du travail. L'employeur peut, de son côté, se faire assister par un membre de son personnel ou un représentant d'une organisation patronale. L'exercice de ce droit est facultatif pour les deux parties, mais chacune doit en être informée avant l'entretien.

Étape 3: La signature de la convention de rupture

Une fois les conditions arrêtées, les parties signent la convention de rupture. Ce document doit obligatoirement mentionner deux éléments : la date de fin du contrat et le montant de l'indemnité (qui doit atteindre au moins le minimum légal, voir section dédiée ci-dessous).

Depuis le 1er avril 2022, la convention est transmise par voie électronique via TéléRC, le portail en ligne du ministère du Travail. Trois exemplaires sont générés : un pour l'employeur, un pour le salarié, un pour l'administration. Le formulaire papier CERFA 14598 reste admis à titre exceptionnel lorsque l'accès numérique n'est pas possible.

Les salariés protégés suivent une procédure différente avec le CERFA 14599, détaillée dans la section dédiée ci-dessous.

Tip pratique. Prévoir toujours une marge dans le calendrier. Le site TéléRC peut être indisponible, et la version papier du CERFA n'est plus systématiquement acceptée en 2026. Pour tenir la date de fin de contrat convenue dans la convention de rupture, laisser quelques jours de sécurité entre la fin théorique de la procédure et la date effective de fin du contrat.

Étape 4: Le délai de rétractation de 15 jours

Après la signature, les deux parties disposent d'un délai de rétractation de 15 jours calendaires. L'une ou l'autre peut revenir sur son accord pendant cette période, sans avoir à se justifier. La rétractation doit être notifiée par lettre recommandée.

Le délai court à compter du lendemain de la date de signature, et non du jour même. Si le dernier jour tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié, l'échéance est reportée au premier jour ouvrable suivant.

Étape 5: L'homologation par la DREETS

À l'expiration du délai de rétractation, l'employeur soumet la convention à la DREETS via TéléRC pour homologation. L'administration dispose alors de 15 jours ouvrables pour instruire le dossier.

L'absence de réponse de la DREETS à l'issue de ce délai vaut homologation tacite. En cas de refus, l'administration doit motiver sa décision par écrit. Les parties peuvent alors corriger le point soulevé et soumettre à nouveau le dossier, ou contester le refus devant le Conseil de prud'hommes dans un délai de 12 mois.

Étape 6: La fin du contrat

Le contrat de travail prend fin à la date convenue dans la convention de rupture. Aucun préavis supplémentaire n'est à effectuer après l'homologation. L'employeur remet au salarié les documents de fin de contrat habituels : le certificat de travail, l'attestation France Travail (anciennement Pôle emploi), le solde de tout compte, le dernier bulletin de salaire, ainsi qu'un état récapitulatif de l'épargne salariale le cas échéant.

Calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle

L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle doit être au moins égale à l'indemnité légale de licenciement. Le minimum légal est calculé comme suit :

  • Jusqu'à 10 ans d'ancienneté : 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté
  • Au-delà de 10 ans : 1/3 de mois de salaire brut par année d'ancienneté

Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre : la moyenne des salaires bruts mensuels des 12 derniers mois, ou la moyenne des 3 derniers mois (les primes et éléments variables étant proratisés).

Exemple : un salarié ayant 7 ans d'ancienneté et un salaire brut mensuel de 3 000 € a droit à une indemnité minimale de : 7 × (3 000 € × 1/4) = 5 250 €.

Si la convention collective applicable prévoit un calcul plus favorable, c'est ce montant supérieur qui prime. Les parties peuvent également convenir librement d'une indemnité supérieure au minimum légal.

Le ministère du Travail met à disposition un simulateur officiel sur code.travail.gouv.fr pour vérifier le montant minimal exact.

Régime fiscal et social de l'indemnité

Ce volet est particulièrement utile pour les équipes RH internationales, car il est rarement couvert dans les ressources anglophones sur la rupture conventionnelle.

Exonération d'impôt sur le revenu

L'indemnité est exonérée d'impôt sur le revenu à hauteur du plus élevé des trois montants suivants :

  1. Le montant légal ou conventionnel minimal
  2. 50 % du montant total de l'indemnité
  3. 2 fois la rémunération annuelle brute du salarié au cours de l'année civile précédant la rupture

Dans tous les cas, cette exonération est plafonnée à 6 fois le PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale). Pour 2026, le PASS est fixé à 48 060 €, ce qui porte le plafond à 288 360 €. Toute fraction dépassant ce seuil est intégralement soumise à l'impôt sur le revenu.

Exonération de cotisations sociales

La même logique à trois seuils s'applique pour les cotisations sociales, avec un plafond inférieur : 2 fois le PASS, soit 96 120 € en 2026. À noter que si l'indemnité totale dépasse 10 fois le PASS (480 600 € en 2026), l'ensemble du montant devient soumis aux cotisations sociales.

Forfait social à la charge de l'employeur

Le forfait social a été relevé de 20 % à 30 % en septembre 2023, puis porté à 40 % depuis janvier 2026 sur la fraction de l'indemnité exonérée de cotisations sociales. Ce coût a un impact significatif sur la charge totale employeur d'une rupture conventionnelle et doit être intégré dans les projections de paie et la négociation de l'indemnité.

Salariés protégés

Les salariés titulaires de certains mandats représentatifs, délégués syndicaux, membres du CSE, représentants de proximité et plusieurs autres catégories, sont soumis à une procédure spécifique.

Étape Salarié classique Salarié protégé
Portail de dépôt TéléRC (CERFA 14598) Formulaire papier CERFA 14599
Consultation du CSE Non requise Requise (avis CSE)
Autorité compétente DREETS (homologation) Inspecteur du travail (autorisation)
Délai d'instruction 15 jours ouvrables 2 mois
Silence = Homologation tacite Rejet (règle inversée)
Recours Conseil de prud'hommes (12 mois) Ministre du Travail

L'inversion de la règle du silence est une différence fondamentale : pour les salariés protégés, l'absence de réponse de l'inspecteur du travail dans le délai imparti vaut rejet. Poursuivre sans autorisation explicite expose l'employeur à la nullité de la rupture et à une demande de réintégration du salarié.

Droit à l'assurance chômage après une rupture conventionnelle

Le salarié qui quitte l'entreprise dans le cadre d'une rupture conventionnelle a droit à l'ARE (allocation d'aide au retour à l'emploi) dans les mêmes conditions qu'un salarié licencié. C'est l'un des avantages majeurs de ce dispositif par rapport à la démission.

À la suite de la réforme de l'assurance chômage de 2026 (avenant du 25 février 2026), les durées maximales d'indemnisation ont été réduites :

  • Salariés de moins de 55 ans : 15 mois d'indemnisation maximum
  • Salariés de 55 ans et plus : 20,5 mois d'indemnisation maximum

Ces nouvelles durées s'appliquent aux ouvertures de droits intervenant à compter du 1er avril 2026.

Un différé d'indemnisation s'applique avant le versement effectif des allocations : sa durée est calculée en partie sur la base du montant de l'indemnité perçue. Une indemnité élevée se traduit par un délai plus long avant que France Travail ne commence à indemniser le salarié. Ce mécanisme n'est pas modifié par la réforme de 2026.

France Travail propose également un accompagnement renforcé aux anciens salariés, avec notamment un point de suivi à un an pour les personnes n'ayant pas retrouvé d'emploi.

Impact sur le titre de séjour et l'autorisation de travail

C'est un angle quasi absent des guides généralistes sur la rupture conventionnelle, et pourtant déterminant pour les employeurs étrangers qui gèrent des ressortissants étrangers en France.

La rupture conventionnelle est assimilée à une perte involontaire d'emploi au regard du droit au séjour. Les conséquences varient selon la nature du titre détenu.

Carte de séjour « Salarié » (autorisation de travail temporaire)

Si le salarié détient une carte « Salarié » et n'a pas retrouvé d'emploi avant l'échéance de son titre, celui-ci peut être prolongé d'un an pour lui permettre de rechercher un nouveau poste. Lorsqu'un nouvel employeur est trouvé, ce dernier doit demander une nouvelle autorisation de travail via ANEF (le portail en ligne) avant toute prise de poste.

Titre « Passeport talent »

Si le nouveau poste remplit les conditions attachées au passeport talent du salarié (seuil de rémunération, qualification requise), aucune démarche supplémentaire n'est nécessaire de sa part. Si le poste ne remplit pas ces conditions, le salarié doit demander un changement de statut, démarche à anticiper dans le calendrier de transition.

Titres « Vie privée et familiale », « Résident » et « Passeport talent (famille) »

Ces titres ne sont pas liés à l'emploi. Une rupture conventionnelle n'a aucune incidence sur leur validité ni sur leurs conditions de renouvellement.

Pour les entreprises étrangères dont des collaborateurs sont en France sous titre lié à l'emploi, il est fortement conseillé de vérifier le type de titre et les échéances de renouvellement avant de fixer la date de fin du contrat dans la convention de rupture. Une coordination soignée évite de placer le salarié dans une situation irrégulière, et l'employeur dans une position délicate.

La gestion d'une rupture conventionnelle mobilise plusieurs fonctions en parallèle : paie, déclarations sociales et suivi du calendrier DREETS. Si votre entreprise ne dispose pas d'une équipe RH française en interne, travailler avec des spécialistes de la conformité RH et paie en France vous permet de sécuriser chaque étape, du premier entretien au solde de tout compte.

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